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George Minne

Artiste de la ligne1    

Représentantes du symbolisme belge, les premières œuvres de George Minne lui valent de compter parmi les premières manifestations de l’expressionnisme2. Paul Haesaert3 en fait la description comme suit :

La constante préoccupation de rendre de façon toujours plus parlante des états spirituels multiples et subtils et cela à l’aide seulement des ressources spécifiques qu’offre la sculpture [c’est-à-dire] en se limitant à la seule représentation du corps humain. [...] S’il arrive que les expressions qu’il invente pèchent par excès de recherche, nombre d’[entre] elles ont de hautes qualités de clarté ; d’autres sont éminemment expressives et possèdent un pouvoir particulièrement efficace de déclencher l’émotion.

 

La recherche de Minne ne se veut pas sociale mais explore la vie intérieure à travers un nombre restreint de figures déclinées à l’infini. Il développe une technique décrivant d’un côté, maigreur, rigidité et angles et, de l’autre côté, sensualité, souplesse et rondeurs, tout en simplifiant, mêlant, allongeant les formes anatomiques à l’extrême. Minne se joue des limites et des oppositions dans sa quête de l’équilibre. Minne développe une œuvre dont la cohérence réside dans la ligne4 et atteint une sensibilité et une puissance absolument neuves aux yeux de ses contemporains5. L’ Agenouillé de la fontaine de 1898 est, d’après moi, l’exemple le plus illustratif de ce propos car il y concilie le sensualisme et l’intériorité, le naturel et la grâce6. Mais sa quête du juste moyen de s’exprimer7 ne va pas sans labeur et difficulté. Ainsi, celle-ci le mène à se rendre de manière récurrente en académie afin d’y ‘’copier’’ la nature et étudier l’anatomie.

Alors qu’il avait déjà régulièrement exposé8, Minne vendait peu et vivait dans la précarité. En 1895, lorsque l’artiste et sa famille s’installèrent à Bruxelles, il entra néanmoins dans une nouvelle phase de production. C’est alors qu’il rencontra le peintre, architecte et décorateur d’intérieur, Henry Van de Velde. Ce dernier l’introduisit à Julius Meier-Graefe qui publia en 1899 un long article consacré aux sculptures de Minne, illustré par neuf œuvres de l’artiste. Il y décrit l’artiste « comme le prototype du nouvel artiste de l’expression. D’un point de vue formel, l’auteur le voit comme un ‘’artiste de la ligne’’ qui remet la sculpture et l’architecture à l’unisson. »9 Cet article participa grandement à sa notoriété internationale. En effet, en plus de louer de jeunes artistes, ce critique d’art et écrivain allemand les soutenait aussi comme marchand à Paris où il ouvrit la même année sa galerie d’art décoratif appelée La Maison Moderne. Selon l’auteur Inga Rossi-Schrimpf, la galerie détenait les droits exclusifs sur les sculptures de Minne. C’est ainsi qu’elle produisit certains de ses bronzes et fournit des pièces à des expositions en Allemagne et en Autriche. Ce fut probablement la présence frappante des œuvres de l’artiste belge à ces expositions et les nombreuses illustrations que l’on trouva dans les revues d’art, qui ont été à l’origine de l’influence artistique exercé sur l’art moderne viennois10.

En 1899, alors que les prémices de son succès sur la scène sécessionniste internationale se mettent en place et que les institutions et collections privées vont bientôt s’arracher ses œuvres que Minne retourne en Flandres pour s’installer à Laethem-Saint-Martin11 où il est, selon Hyppolyte Fierens-Gevaert, « plus éloigné encore de notre vie factice, plus confondu avec la nature. »12 Là-bas se joignirent à lui plusieurs artistes comme Valerius de Saedeleer, Jules Preatere ou Karel van de Woestyne, et ils formeront ce qu’on a appelé l’Ecole de Laethem-Saint-Martin13. Il n’en bougera plus jusqu’à sa mort en1941, sauf lors de la guerre 14-18 pendant laquelle il se réfugia avec sa famille au pays de Galles14

 

Références :

1  Julius Meier Graefe repris par Inga Rossi-Schrimpf, L'univers de George Minne & Maurice Maeterlinck, Gand , Museum voor Schone Kunsten, octobre - février 2012, p.181.

2  Robert Hoozee, L'Art moderne en Belgique, 1900-1945, Anvers: Mercator, 1992, p.33.

3  Paul Haesaerts, - , Anvers: Het Kompas, 1938, p.5.

4  Michel Draguet, Le symbolisme en Belgique, Bruxelles: Fonds Mercator, 2010, p.253. 

5 Robert Hoozee, op.cit, p. 33.

6 Ibid., p.35.

7  Paul Haesaert, op.cit., p.8

8  En effet à partir de 1890 Minne prit part aux expositions Les XX et devint même un de leur membre en 1892. Il participera également aux Expositions des Artistes des Flandres ainsi qu’aux expositions de La Libre esthétique en 1898 et 1899. Voir Leo van Puyvelde, George Minne, ruxelles di ons des "Cahiers de Belgique", 1930, pp.24-25.

9 Propos de Julius Meier Graefe repris par Inga Rossi-Schrimpf, L'univers de George Minne & Maurice Maeterlinck, Gand , Museum voor Schone Kunsten, octobre - février 2012, p. 181.

10 Ibid., pp.181-193.