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Historiographie

"Mais l'historien n'a rien d'un homme libre. Du passé, il sait seulement ce que ce passé même veut bien lui confier." Marc Bloch.

L’historiographie (de l’indépendance) du Congo

Parce qu'il est essentiel dans un répertoire bibliographique critique d'avoir une vue d'ensemble des ouvrages publiés, voici une brève introduction à l'historiographie du Congo belge, et plus particulièrement de son indépendance. Nous renvoyons néanmoins le lecteur averti à la collection Historiographie et pistes de recherche dont les articles permettront une information plus exhaustive que celle présentée ici.

Ce n’est qu’à partir des années 1960 que le Congo commence à être analysé par les historiens belges. Jusque-là, en plus de récits et de témoignages, les études anthropologiques constituaient le principal savoir académique sur la connaissance de la colonie belge, sans que toutefois ces travaux ne soient basés sur des sources, pourtant relativement variées pour l’étude du continent africain. Les archives disponibles sont alors très peu étudiées. Ce retard s’explique notamment par l’influence persistante sur les historiens belges du culte de Léopold II, qui a façonné la vision coloniale des métropolitains jusque dans les années 1960, voire 1970 (alors que les historiens étrangers s’étaient emparés académiquement du Congo et de l’indépendance dès les années 1960).

Les historiens africains ont eux aussi porté un intérêt au Congo belge tardivement (essentiellement à partir des années 1970), ce que l’on peut aisément comprendre par le contexte politique mouvementé postindépendance comme par des problèmes méthodologiques liés au manque de sources écrites. Les sources orales ont toutefois permis à l’Histoire africaine d’apporter un regard propre sur son histoire et de pallier le manque de sources écrites.

Si l’histoire coloniale a déjà été complètement traitée et sous de nombreuses perspectives, aucune de ces dernières ne se présente comme une réelle étude approfondie.

Retour chronologique sur les principales caractéristiques de l’historiographie sur le Congo belge.

Les années 60

L’histoire du Congo – comme de l’Afrique – suscite un intérêt de la part des universités européennes dès les années 1960. Des institutions telles que l’Académie royale des sciences d’Outre-mer (ARSOM) contribuent alors également à l’historiographie congolaise. Ces institutions publiaient déjà lorsque l’on pouvait parler de métropole belge mais leurs écrits tendaient alors à consolider le culte léopoldien et l’image de la Belgique civilisatrice. Après l’indépendance, une quelconque utilité publique n’étant plus pertinente, elles aborderont l’histoire congolaise et africaine sous un angle culturel.

Notons que l’histoire du Congo mobilisait également à l’époque d’autres universitaires, comme des économistes.

Si le Congo est étudié, l’indépendance n’attire que peu de regards, qu’ils soient congolais, belges, ou étrangers.

Les sources privilégiées par les historiens de l’ère coloniale et des années 1960 englobent principalement des archives mais aussi des récits et des livres écrits par les pionniers, qui n’ont rien d’ouvrages scientifiques et de surcroît contrôlés par la « censure » des autorités belges.

Notons que les publications des années 1960 sont sujettes à débat. Il est en effet parfois difficile de rendre compte de la frontière entre sources primaires et secondaires pour de pareilles publications: certains écrits présentent une allure académique habituelle (avec de nombreuses sources notmamment) mais font preuve d'un discours trop engagé, sortant parfois de l'objectivité, que pour être réellement qualifiés de sources secondaires.

Si les années 60 sont marquées par un véritable enthousiasme académique pour l’Afrique coloniale, cet élan ne sera cependant pas poursuivi, en raison de la dégradation des relations belgo-congolaises et des troubles politico-économiques à l’intérieur du pays.

Les années 70 et 80

A l’aube des années 1970, trois foyers universitaires majeurs travaillent sur le Congo, l’ULB, Université libre de Bruxelles (regroupée autour de Jean Stengers, bien que son large travail ne se soit pas réellement focalisé sur l’indépendance), les Etats-Unis (avec notamment Jan Vansina) et le Congo, dont la première université abritant une faculté de Philosophie et Lettres (comprenant une section histoire) remonte à 1962-1963. Toutefois, peu d’études à partir des années 1970 seront publiées au Congo en raison, comme déjà signalé, du climat politique tendu.

Jean Stengers a apporté au monde francophone sa principale étude congolaise par sa collaboration aux études de l’ARSOM.

La contribution belge pendant cette période compte quelques grands ouvrages, à l’instar de ceux de Stengers, sans néanmoins apporter la majorité de la production académique, principalement due aux Etats-Unis mais aussi à l’Angleterre ou encore à la Russie.    

Les années 1980 marquent un regain d’intérêt pour les études coloniales – quelle que soit la colonie. C’est d’ailleurs à cette époque que Jean-Marc Vellut débutera sa carrière scientifique à l’Université Catholique de Louvain (UCL). Il sera l’un des premiers à combiner dans ses études la vision et l'opinion congolaises du Congo à celles des Belges.

Les années 90 jusqu’à nos jours

Les thèmes traités par les études coloniales explosent dès les années 1990, allant de l’histoire des mentalités jusqu’à l’histoire du genre, en passant par la comparaison entre la vision belge et celle congolaise du Congo belge, comparaison déjà initiée par Vellut. En somme, l’ère coloniale n’est plus envisagée sous son seul aspect politique, qui avait gouverné la plupart des études jusqu’alors.

Actuellement, les études se penchent sur la décolonisation, en vue d’expliquer et de mieux cerner la situation postcoloniale.

Le temps joue en la faveur d’une création plus abondante et plus objective. En effet, la nouvelle génération d’historiens est moins complexée vis-à-vis du passé colonial. Les commémorations de 2010 pour l’anniversaire de l’Indépendance ont achevé d’augmenter l’intérêt des historiens.

L’augmentation du nombre d’études n’est pas due au seul fait des Belges ou des Congolais. A nouveau, les historiens étrangers s’intéressent au Congo belge, la production anglo-saxonne et même néerlandaise étant d’ailleurs plus abondante que celle francophone. Malgré l’objectivité des travaux belges contemporains, certains chercheurs étrangers s’interrogent encore sur l’esprit critique de certaines des productions belges récentes, essentiellement celles focalisées sur la crise de 1960 et sur le meurtre de Lumumba.

La production congolaise est toutefois fortement réduite vu la pauvreté du pays. Un ouvrage de référence s’y dégage pourtant, l’Histoire générale du Congo: de l'héritage ancien à la République Démocratique de Ndaywel.

 (Tous les contenus de la collection Historiographie et pistes de recherche nous ont aidé à formaliser ces quelques informations)