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Aperçu historique

Le Congo de 1955 à 1960

Quels évènements ont annoncé l'indépendance du Congo?


Cette section reprend brièvement les principales informations et éléments de réponse de notre problématique. Pour plus d'informations, nous vous invitons à consulter les collections Histoire du Congo: les grandes synthèses, Les acteurs de l'indépendance et L'indépendance du Congo belge.

L'exposition reprend, sous forme de bande-dessinée en quelque sorte, les principaux éléments de réponse de notre question de recherche.

 

En résumé :

  • L’indépendance des Congolais a surpris par son caractère impromptu et rapide. Pourtant, des signes avant-coureurs de l’épilogue final pouvaient être perçus dès 1955 :
  1. Le contexte colonial africain ambiant marqué par l’indépendance d’autres colonies européennes
  2. La déception congolaise survenue après la visite du roi Baudouin dans la colonie belge en 1955
  3. Le plan de trente ans pour l’émancipation de l’Afrique belge par le professeur Van Bilsen, toujours en 1955
  4. Le réveil de certains mouvements congolais, constitués d’Evolués (élite congolaise) oeuvrant au travers de manifestes pour une autonomie plus grande de leur territoire, si ce n’est pour une indépendance
  5. La volonté de la part du gouvernement belge de donner une certaine visibilité aux Congolais dans les organes de pouvoir
  • Les velléités d’indépendance se précipiteront en 1958 par trois éléments :
  1. L’exposition universelle a lieu à Bruxellesen 1958
  2. A Brazzaville, le général De Gaulle tient un discours relatif à l’indépendance des colonies
  3. La conférence d’Accra de 1958 montre aux Congolais quelle tribune peut constituer l’ONU
  • L’un des éléments qui conscientise les Belges sur l’indépendance prochaine de la colonie : les émeutes de 1959 à Léopoldville (actuelle Kinshasa)
  • Les conséquences des émeutes :
  1. Les deux Tables Rondes qui préparent légalement la future indépendance

La révolte des Congolais, en 1959, alors que leur patrie était encore sous la dépendance de la Belgique, a étonné voire choqué les métropolitains tant, côté belge, on ne s’attendait pas à pareille rébellion. Il faut dire que les autorités ont toujours œuvré pour faire paraître la colonie auprès des Belges métropolitains comme une « colonie modèle » qui ne forme qu’un avec la Belgique (notons que l’idée d’unicité belgo-congolaise s’est développée dans les années 1950); en témoignent les nombreux films de propagande sur le Congo belge, estampillés comme tels ou non, qui continuaient d’ailleurs à paraître à la fin des années 1950. Et, même au sein de la colonie, nombreux sont les articles de journaux dans lesquels la gestion coloniale belge du Congo est louée, alors même que les journaux disposent parfois comme envoyés sur place de futurs acteurs politiques congolais (on pense à Mobutu dans L’Avenir Colonial). Il serait toutefois illusoire de considérer tous les journaux coloniaux comme des agents déterministes propagandistes. Ainsi on peut lire dans l’Avenir Colonial (quotidien de droite, relativement virulent à l’égard de l’Etat sur certaines questions) dans son édition du 25 mars 1953 : « (…) séparation pure et dure du Congo et de la Belgique. (…) cet état d’esprit lamentable s’étale tout au long des colonnes des gazettes locales. » (p.6). Quoi qu’il en soit, si l’indépendance est explicitement ressentie ou annoncée dans certains quotidiens locaux, les métropolitains, pour la plupart, achopperont sur les raisons de l’indépendance tant celle-ci est relativement peu prévisible. En résumé, comme le dit Jean Stengers dans l’un des ouvrages-clés sur l’indépendance du Congo, Congo, mythes et réalités. 100 ans d’histoire: « En 1957, en tout cas, celui qui aurait prédit que le Congo serait indépendant trois ans plus tard, et qui aurait annoncé que cette indépendance allait être approuvée à l’unanimité par le Parlement belge, aurait été aussi pris au sérieux que ceux qui, pour une date donnée, annoncent la fin du monde. Personne ne prévoyait ce qui allait arriver : c’est le propre des révolutions. » Retour sur les prodromes des années 1950 (et surtout à partir de 1955) du futur congolais éminemment subséquent.

Quels signes avant-coureurs ?

On peut situer les prémices de la marche du Congo vers l’indépendance en mai 1955, suite au discours du roi Baudoin lors de sa visite au Congo. La population congolaise espérait beaucoup de celle-ci. Les Congolais considéraient effectivement le roi comme leur protecteur bienveillant dont les bons ordres seraient déformés par l’administration coloniale, engendrant des problèmes certains. Mais cette visite se soldera par une immense déception tant les propos tenus par Baudouin Ier sonnaient comme des atermoiements.

En décembre de la même année, le professeur Van Bilsen proposera un plan de trente ans pour l’émancipation politique de l’Afrique belge. Ce plan fait, sous certains égards, écho au discours royal. Il vise en effet à instaurer de manière progressive « l’africanisation des cadres ; le développement des réseaux de formation pour les africains, la participation des Congolais aux affaires politiques de la colonie, la réduction et la suppression des discriminations sociales… ». Mais, une fois encore, cela demandera du temps. Bien que la prudence soit de mise dans les idées de Van Bilsen, il fera pourtant l’effet d’une bombe dans les milieux coloniaux et constituera ainsi l’un des facteurs principaux du processus d’émancipation congolais.

Certains mouvements congolais réagiront effectivement à la proposition de Van Bilsen. L’un d’entre eux, « Conscience africaine », rédigera même un manifeste éponyme. Ce dernier parait le 30 juin 1956 et constitue la suite logique des revendications des autorités locales : ils sont favorables au Plan de trente ans à la condition que les Congolais y soient totalement intégrés. Ainsi ils tiendraient eux-mêmes les rênes du pouvoir.

Ce manifeste engendrera à son tour des réactions et ainsi l’Abako (« Association des Bakongo pour l’unification et la propagation de la langue kikongo » : groupe fondé par Joseph Kasa-Vubu oeuvrant pour la conservation de la langue kikongo ; sa vocation culturelle initiale virera progressivement à une vocation politique) publiera en réponse un contre-manifeste, toujours en 1955. Si l’Abako et Conscience Africaine se rejoignent sur la volonté (voire la nécessité) d’indépendance, les premiers divergent des seconds sur l’aspect temporel : ils refusent le délai de trente ans qui les mènera à l’indépendance. Le processus d’accélération de l’indépendance est lancé.

Joseph Kasa-Vubu

Joseph Kasa-Vubu

Notons encore la publication en 1958 d’un dernier manifeste provenant de l’AS (Action Sociale, futur PP (Parti du Peuple) en 1959) et rédigé par Alphonse Nguvulu qui prône l’instauration d’un régime socialiste démocratique.  

Depuis la guerre, le pouvoir colonial belge désire mettre en place une structure politique congolaise. Les premières élections communales en 1957 dans trois villes importantes du pays (Léopoldville, Élisabethville et Jadotville) permettront d’évaluer cette structure naissante, avant que d’autres élections ne soient menées dans le reste de la colonie les années suivantes. Ces élections se soldent par la victoire de L’ABAKO, mieux organisé que ses adversaires. Nonobstant une première visibilité des Congolais dans les organes coloniaux décisionnels, les élections ont également occasionné des tensions identitaires inter-congolaises ascendantes. 

En 1958, trois évènements contribuent à l’accélération de l’indépendance congolaise. Tout d’abord,  l’exposition universelle de Bruxelles apparaît comme une (première) occasion aux Congolais de découvrir la Belgique. Cette découverte leur ont en effet permis de démystifier " l’homme blanc " en observant les modes de vie métropolitains. Les Congolais ont également découvert les positions anticoloniales de certains Belges. Il n’est dès lors pas étonnant de découvrir qu’une majorité des grands leaders de l’indépendance se sont rendus à l’exposition. Ensuite, le discours tenu par De Gaulle à Brazzaville (à 3 km de Léopoldville, en Congo français) dans lequel il soutient que toutes les colonies peuvent accéder à l’indépendance, a évidemment fait son effet sur la population congolaise (et surtout sur l’élite congolaise, connue sous l’appellation des « Evolués ») mais aussi sur le gouvernement belge, qui n’avait pas été tenu préalablement informé de cette allocution et qui, évidemment, ne l’apprécia que modérément !

Enfin, la conférence d’Accra du 5 décembre à laquelle trois leaders du MNC (Mouvement National Congolais, dont Lumumba était le leader) assistent - dont Lumumba. Lors de ce meeting, d’anciennes colonies expliquent le processus d’émancipation tel qu’il s’est déroulé sur leur territoire : c’est la découverte de l’Afrique indépendante et de la solidarité africaine. La conférence d’Accra rendra aussi visible la tribune potentielle que sont les Nations Unies. De retour au Congo, Lumumba résumera cette conférence lors d’un meeting le 28 décembre 1958 au cours duquel il a présenté son parti, qui bénéficiera d’un large succès après cette intervention. Lumumba déclarera pendant ce meeting: «  L’indépendance n’est pas un cadeau de la Belgique, mais bien un droit fondamental du peuple congolais ». À partir de 1958, la fonction politique suscite un intérêt plus vif mais aussi une certaine reconnaissance. Plusieurs partis se fonderont à cette époque et les tensions seront nombreuses, tant intra-partis qu’inter-partis. 

Une lutte qui devient visible aux yeux du monde entier : le cas des émeutes de Léopoldville

C’est dans ce contexte que se déroulent les tristement célèbres émeutes de Léopoldville, qui ont comme point de départ l’annulation d’un meeting de l’Abako. Suite au succès rencontré par le MNC lors du 28 décembre, l’Abako organise son propre meeting, prévu pour le 4 janvier 1959. Mais le bourgmestre n’autorisera pas le déroulement du meeting sans que les militants ne soient prévenus à temps de cette annulation, leur mécontentement s’exprimant par le déclenchement d’une émeute. Ils n’ont qu’un propos en tête, le mot « DIPENDA » ou  indépendance en français. L’émeute, bien que vivement réprimée par les autorités belges, engendrera une dispersion de six jours et le quartier européen ne fut préservé que par l’intervention de l’armée venue en renfort d’une police débordée. Toutes les victimes (une centaine) furent congolaises. Ces émeutes ont forcé le gouvernement belge à réagir et le roi Baudouin promit dès lors la mise en place d’une démocratie plus ou moins rapidement. Suite à ces émeutes, l’Abako fut dissoute à court terme, ses leaders étant tenus pour responsables des évènements.

Les émeutes du 4 janvier 1959 à Léopoldville

Les émeutes du 4 janvier 1959 à Léopoldville

Les conséquences : les préparatifs législatifs de l’indépendance

L’administration belge organise par la suite une rencontre avec les leaders des partis congolais afin de déterminer la date de l’indépendance. Tandis que, côté belge, on veille à ne pas précipiter les évènements, côté congolais, trente années représentent une trop longue période. Le 16 octobre 1959, un plan plus précis prévoit que le Congo obtiendra un régime d’autonomie interne en 1960 et la pleine indépendance en 1964. Ce plan engendrera une division des partis congolais que l’on peut résumer entre deux états d’esprit, visibles notamment au travers des élections congolaises locales de décembre 1959 : alors que certains prennent part aux élections locales de décembre (et respectent la date échéante du calendrier belge), d’autres (Abako, le Parti Solidaire Africain (PSA), le MNC, divisé en deux branches (MNC-L, regroupé autour du gauchiste Patrice Lumumba et MNC-K, regroupé autour d’Albert Kalonji, aux idées plus modérées que Lumumba) et le Centre de Regroupement africain (CERE)) boycottent ces élections, exigeant une indépendance immédiate et sans condition.

Le 20 janvier 1960, les leaders des délégations congolaises s’organisent en Front Commun lors de la célèbre Table Ronde belgo-congolaise, tenue à Bruxelles au Palais des Congrès. Des ministres, des députés et des sénateurs représentent la métropole. La conférence vise à convaincre la Belgique d’acter certaines décisions prises préalablement dans des textes de lois, de fixer la date de l’indépendance de la colonie et d’assurer au Congo la pleine souveraineté de son territoire. Ces diverses résolutions seront la base de ce qu’on appellera la loi fondamentale à savoir tout ce qui concernait la vie politique au Congo. Le principe « législatif » de cette Table Ronde est simple : chaque parti dispose d’une voix, indépendamment du nombre de ses représentants présents lors des discussions.

Cette première Table Ronde sera suivie d’une seconde ayant trait aux questions économiques, financières et sociales. Elle s’est également tenue à Bruxelles, du 26 avril au 16 mai. Les grands dirigeants congolais n’y participèrent pas, trop occupés par leur campagne électorale. Contrairement aux premières discussions, les acteurs congolais ne firent pas front commun. Deux questions occupèrent les principaux débats : celle de l’économie, les Belges intéressés dans les milieux financiers congolais vidant presque systématiquement le Congo de ses richesses depuis les troubles annonciateurs de l’indépendance et celle de la dette coloniale. Une orientation libérale, marquée par la liberté des transferts financiers sera donnée à l’économie congolaise. Ces négociations financières ne se firent pas à l’avantage des Congolais, la plupart des sociétés privées établies là-bas ne voulant pas lâcher leur mainmise sur les richesses à exploiter dans la colonie. Autre décision prise lors de cette seconde Table Ronde : la transition du pouvoir se fera sur une période de 4 mois. Cette période est marquée par des tensions sur l’organisation institutionnelle à donner au futur Congo indépendant, entre les fédéralistes (Abako) et les unitaristes (MNC).

Le 30 juin 1960 est célébrée la proclamation officielle de l’Etat indépendant du Congo, marquée la visite du roi Baudouin et la présence des nouveaux chefs d’Etat, le président Joseph Kasa-Vubu et le Premier Ministre Patrice Lumumba. dont le discours impromptu vantant les mérites d’un peuple libéré de sa servitude coloniale ne manqua pas de surprendre le public, de mécontenter Kasa-Vubu et d’embarrasser le roi Baudouin.

 

Joseph Kasa-Vubu et Patrice Lumumba

Joseph Kasa-Vubu et Patrice Lumumba

On ne peut toutefois pas s'étonner que les Belges métropolitains aient été surpris par les périples qui conduiront à l'indépendance. En effet, tout était fait, de la part du gouvernement belge notamment, pour que les concitoyens aient une vision idyllique de la colonie; en atteste ce film de l'abbé André-Othon Cornil sur les colonies du Congo belge et du Ruanda-Urundi, sous mandat belge dans les années 1950, (alors que les films missionnaires étaient les moins subjectifs sur la manière dont se déroulait la colonisation). Il reprend un large panel des images stéréotypées telles qu'elles sont  visibles dans tous les films de propagande sur le Congo.

http://www.dailymotion.com/video/xfzp7a_andre-othon-cornil-periple-africain-1-2_news

http://www.dailymotion.com/video/xfzpya_andre-othon-cornil-periple-africain-2-2_news

 

(Ces informations sont tirées de la plupart des contenus écrits référencés sur ce site. Toutefois, nous pouvons signaler deux principales sources: Congo, mythes et réalités de Stengers et Histoire générale du Congo des origines à nos jours: de l'héritage ancien à la République Démocratique de Ndaywen è Nziem)