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L'artiste belge Charles Van der Stappen (1843-1910) est une des grandes figures de l'art de la fin du XIXème siècle en Belgique. Son style plutôt académique présente un goût particulier pour la sculpture monumentale. Professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, il fait partie du « Groupe des XX », association d’artistes avant-gardistes. Les  XX partagent un intérêt commun : la volonté de dépasser les limites imposées. En effet, Van der Stappen refuse un art conventionnel et désire représenter la réalité qu’il idéalise pour en faire « une interprétation libre de la nature » (Schoonbroodt, 2008, p. 150). Il aime user de personnifications, d’allégories et de figures étrangères à notre monde. Dans un style Art Nouveau, il cherche à représenter le mystère, l’énigmatique et l’irréel. La phase qu’il traverse lors de la conception du programme ornemental du Jardin Botanique est symboliste (voir  Le Lierre d’Arthur Craco et  Le Chèvrefeuille par Eugène de Plein).

 

 

Le Jardin Botanique de Bruxelles situé à Saint-Josse-Ten-Noode est un des grands projets d’aménagement de la capitale sous Léopold II (1835-1909). De fait, la Belgique ayant obtenu son indépendance en 1830, elle doit se forger une nouvelle identité, se créer une unité nationale et légitimer son droit d’être un pays à part entière. Dès la moitié du XIXème siècle, des grands travaux fleurissent un peu partout dans la Bruxelles et ces nouveaux espaces ont besoin d’être décorés. Cette politique d’embellissement marque un aspect particulier de l’époque aussi bien en France qu’en Belgique.

En 1870, le Jardin Botanique est racheté par l’Etat Belge à la Société Royale d’Horticulture des Pays-Bas. Les travaux du décor sculpté se sont déroulés entre 1894 et 1898. La plupart des documents restent flous sur les origines de l’ornement décoratif des sculptures du Jardin commandé par Léopold II. Cependant, un document de 1885 nous apprend que Jean-Baptiste Rousseau, directeur général des Beaux-Arts, aurait soumis un projet d’aménagement au Ministre Joseph De Volder (1842-1919). Plus tard, Rousseau aurait fait appel aux deux plus grands sculpteurs belges de la fin du XIXème siècle : Constantin Meunier (1831-1905) et Charles Van der Stappen. Dès lors, les deux artistes dirigeant les travaux du vaste décor sculpté demandent de l’aide à d’autres sculpteurs issus de tous les milieux. Ce genre de programme est une aubaine pour la plupart des artistes car, à l’époque, la Belgique traverse une crise financière et les commandes privées sont rares ce qui rend la vie des artistes difficile. Chaque étape des travaux doit passer par l’approbation du Ministre de l’Intérieur et de l’Instruction Publique, Jules de Burlet (1844-1897) mais il semble que le choix des sculpteurs se soit basé sur l’opinion de Meunier et Van der Stappen.

Le sujet de l’ornement sculpté du Jardin Botanique a entrainé de nombreux débats. Il existe deux grands ensembles, chacun pensé par un artiste spécifique. Certaines sculptures présentent des thèmes plus « modernes » et réalistes, elles sont l’œuvre de Constantin Meunier. Tandis que les statues plus allégoriques et symboliques ont été imaginées par Charles Van der Stappen. Celui-ci s’est probablement inspiré de divers ouvrages pour comprendre les associations entre les fleurs, les plantes et les vertus humaines, les sentiments… Ce choix dans l’iconographie fut beaucoup critiqué. De fait, les allégories à finalité didactique en vue de glorifier un pays sont un thème récurrent depuis 1840. Dès lors certaines personnes, telle l’inspecteur des Beaux-Arts, Emile Leclercq (1827-1907), se placent en faveur du réalisme de Meunier à l’opposé du symbolisme désuet de Van der Stappen. Cependant, dans un Jardin Botanique, il est normal que les sculptures créent un lien avec la nature, entre autre par des allégories végétales. Finalement, un mélange de thèmes réalistes et d’allégories est accepté pour l’ornement sculptural du Jardin Botanique de Bruxelles.