Bonjour à tous!

Bienvenue sur notre site dédié au Street-art ainsi que sa commercialisation dans les galeries du 21e siècle.

 

 

 

       Depuis quelques temps, en particulier depuis le succès planétaire de Banksy, il ne se passe pas une semaine sans que les médias ne relatent un événement lié aux arts urbains: expositions en galerie de street art, ventes aux enchères de graffitis, « musées à ciel ouvert » ou répression du vandalisme.

La reconnaissance des arts urbains par le public et les médias atteint des sommets.

Vers les années 2000 apparaît une conjonction d’innovations technologiques ouvrant de nouveaux champs aux artistes : l’ordinateur et le « home office » tout d’abord, puis Internet, qui change radicalement la donne médiatique.
Internet laisse le champ ouvert pour les jeunes artistes, de « l’hypermédiatisation », c’est-à-dire la possibilité de court-circuiter les médiateurs habituels de l’art : journalistes, critiques, curateurs et galeristes.
Ils investissent ce nouveau « non-lieu » d’art qu’est Internet. Les jeunes gens du début des années 2000 ont grandi avec la culture graffiti dont ils connaissent parfaitement les codes.

Nombre d’entre eux se rêvent artistes et suivent les enseignement des écoles de graphisme, imprégnés de cette culture graffiti et de son esthétique. Si bien que les graphistes de cette génération transposent ces codes dans leurs travaux.
Rapidement, leur prétention à devenir artistes professionnels les amène à détourner, sinon dévoyer, les codes du graffiti pour en entreprendre la mercantilisation.

Alors que ceux du graffiti ne recherchaient pas la commercialisation, les street artistes se ruent vers le système commercial, vers les musées et les honneurs les plus divers. 
Tout en gardant les apparences du graffiti et son romantisme : codes vestimentaires, outils et graphie, prétention de la provocation et risque de l’illégalité soigneusement mis en scène. 
Cette génération d’artistes est devenue si proche du système qu’ils se confondent l’un l’autre. Les acteurs de la scène graffiti ne s’y trompent pas et détestent le street art, perçu à juste titre comme une dégénérescence commerciale de leur pratique.

Car il ne faut pas s’y tromper, le street art est un succédané de graffiti, dont l’un des objectifs est la mercantilisation de celui-ci, ainsi qu’une recherche de jouissance collective de l’art dans l’espace public. Le street art n’est pas revendicatif mais hédoniste. Pour employer une formule lapidaire, le street art est un peu au graffiti ce que Doc Gynéco est aux Black Panthers.

Depuis 2010 environ, on peut dire que l’objectif de la popularisation du mouvement street art et de la professionnalisation de ses acteurs est atteint.
La commercialisation bat son plein. Les institutions culturelles investissent ce nouveau filon sans chercher à le comprendre ou à l’expliciter. Le street art devient un produit comme un autre.
On assiste désormais partout, non sans aberration, à des ventes aux enchères, des expositions de street art, alors que par essence, le street art ne peut exister que dans la rue, et que le graffiti n’est pas un produit commercial.


Les acteurs du marché – galeristes, collectionneurs, publicistes et même les médias – s’en moquent. Une économie s’est créée, très proche de l’industrie du divertissement et les artistes de la scène graffiti comme du street art d’ailleurs, acceptent les règles du jeu commercial et ornent désormais les salons des bourgeois.

La provocation n’est plus que feinte. Les médias relatent désormais les évènements de street art comme ils relataient jadis un concert de l’effronté Michel Sardou.

Le graffiti et le street art sont devenus des métiers comme d’autres, reconnus au point que l’on trouve désormais leur « enseignement » dans certaines écoles d’art.

Un tas d’institutions, de municipalités, de sponsors, de galeries et de débouchés commerciaux offrent désormais la perspective d’un métier respectable. Les festivals fleurissent, et offrent à toute une nouvelle génération d’artistes des surfaces d’expression que ni les artistes de la génération graffiti ni ceux de la génération street art n’ont connu à leur début. On en aurait rêvé.

 

 - EXTRAIT DU TEXTE DE L'ARTISTE-POCHOIRISTE C215 -